Riyoko Ikeda par Mariko

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Riyoko Ikeda
理代子 池田




Mariko, de la Team M.A.S.H.I.N. nous offre cette semaine un dossier complet sur la mangaka Riyoka Ikeda.


Vous ne connaissez peut-être pas ce petit bout de femme (surtout que dessinée comme ça on dirait Mme de St Fiacre dans Laura ou la Passion du Théâtre). Pourtant, Riyoko Ikeda est LA mangaka qui a marqué l'histoire du shôjo au Japon. Reconnue comme membre du Hana no Nijūyo-nen Gumi (Le Groupe des Fleurs de l'an 24), elle a largement participé à révolutionner le genre du manga pour jeunes filles dans les annés 70, et à lui donner ses lettres de noblesse avec "Les Roses de Versailles", lues de mères en filles par les japonaises depuis presque 40 ans maintenant.

Riyoko Ikeda, c'est avant tout une patte légendaire, bien que beaucoup regrettent l'évolution de son style vers la fin des années 70 pour se rapprocher de la gravure historique, certes élégante et pleine de détail, mais perdant un peu de la grâce insouciante de ses premières oeuvres, marquées par l'influence d'Osamu Tezuka. Travailleuse acharnée, elle raconte dans une interview incluse dans la version française du manga "Les Roses de Versailles" qu'elle ne prenait même plus le temps de se nourrir, et devait se faire des piqûres nutritives, et qu'elle restait scotchée à ses planches même à 40° de fièvre.

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Résultat de ce dur labeur, près de 2000 pages d'un manga-fleuve retraçant l'histoire de la Révolution Française de 1755 à la décapitation de Marie-Antoinette, mélant personnages historiques et fictionnels dans une intrigue pleine d'amours impossibles, d'héroïsme et malheureusement de tragédies. Car la terrible marque de Riyoko Ikeda, que l'on retrouvera dans quasiment toutes ses oeuvres, est sa propension à ne jamais conclure ses manga sur des happy ends. Il y a sûrement un certain masochisme à être lecteur/lectrice de Riyoko Ikeda, sachant que ces personnages auxquels nous nous sommes attachés, tantôt grandioses et glorieux, tantôt effondrés, à la dérive, seront presque tous emportés dans divers drames, et nous laisserons bien trop souvent en larmes, même après maintes et maintes relectures.

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La seule exception à cette règle (et qui bien sûr, la confirme) est sa dernière oeuvre, les BeruBara Kids, qui est en fait une réécriture humoristique de divers passages des "Roses de Versailles" sous forme de strips de quatre cases dans le style chibi, sans doute une excuse de Riyoko Ikeda pour toutes les larmes qu'elle nous a fait versé, et peut-être aussi pour montrer qu'elle ne se prend pas au sérieux et peut elle-même tourner en dérision l'oeuvre qui lui a valu un succès si phénomènal.

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Mais qu'elle se rassure, ses lecteurs/lectrices ont aussi des blagues communes sur ses oeuvres, notamment sur la question dite du "clonage" de ses personnages. En effet, si l'on prend quatre des oeuvres de Riyoko Ikeda écrites les unes à la suite des autres pendant les années 70, autrement dit "Les Roses de Versailles", "Très Cher Frère", "Orpheus no Mado" et "Claudine", on ne peut que s'étonner de retrouver à chaque fois dans l'histoire une grande blonde travestie (Oscar de Jarjayes = Rei Asaka = Julius Von Alensmeier = Claudine), entourée d'amis qui ressemblent beaucoup aux amis de la blonde précédente (André Grandier = Kaoru Orihara (via un hallucinant changement de sexe), Marie-Antoinette = Fukiko Ichinomiya, Hans Axel de Fersen = Klaus Zon Maschmidt).

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Ce "clonage" pourrait faire croire que l'amalgamme est donc aisé entre ces personnages "jumeaux", et pourtant ce n'est pas le cas, et il est même hallucinant de voir comment Riyoko Ikeda parvient à les individualiser et à les démarquer les uns des autres en nous faisant plonger au coeur de leur personnalité, preuve qu'elle maîtrise bien son art.

Mais les clones "ikediens" ne se retrouvent pas seulement dans ses oeuvres. Depuis plus de trente ans, Riyoko Ikeda est tout simplement devenue une référence pour quasiment tous les auteurs de manga, qui multiplient les clins d'oeil fait à ses oeuvres, et plus particulièrement aux "Roses de Versailles". C'est ainsi que de Slayers à Detective Conan, en passant par Pokémon et un épisode d'Hamtaro transformant Oscar et André en vétérinaires, soit les persos de l'univers d'Ikeda jouent les guest stars, ou bien ses oeuvres en elles-même sont mentionnées. Cas extrême, Uténa la Fillette Révolutionnaire reste à ce jour la plus grosse bouillie de clones et de thèmes "ikediens", un plagiat délirant mélant "Les Roses de Versailles" à "Très Cher Frère". On compte aussi des hentai qui présentent des ressemblances troublantes avec ces oeuvres ikédiennes dans le peu de scénario qu'ils possèdent, comme Imma Youjo 4 et Sin Sorority (appelé aussi Bizutage Scolaire en France! Oui je sais c'est louche d'être aussi bien renseignée, mais il a bien fallu que je les regarde pour vérifier lol!).

Enfin bref quelques images vaudront peut-être mieux pour vous montrer que cette propension qu'ont les mangaka (et pas que...) d'hier et d'aujourd'hui à mettre un peu d'intertextualité "ikedienne" est loin de s'amenuiser avec le temps, ainsi je vous colle quelques exemples trsè récents en images.

Tout d'abord, on retrouve une pseudo mangaka du Groupe des Fleurs de l'an 24 aux traits très ikédiens, Mira Jônouchi, dans Otomen:

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Ensuite, le drama Haken no Oscar met en scène une jeune intérimaire vouant un culte aux Roses de Versailles, et qui a décidé de rétablir la justice dans son entreprise en devenant la Oscar des pauvres intérimaires:

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Et enfin, Daihatsu nous propose une publicité étonnante, où leur nouveau modèle move-move aux fauteuils si espacés sépare Oscar et André d'au moins un mètre (ils ne vont plus s'en remettre!!):

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Pour en revenir à Riyoko Ikeda, elle cumule à ce jour un palmarès de près de soixante mangas publiés au Japon, une liste un peu longue à mettre ici, mais qu'il serait bon d'envoyer aux éditeurs français pour qu'ils se décident à nous offrir enfin l'oeuvre de Riyoko Ikeda dans toute sa splendeur. En effet, nous autres français ne pouvons nous mettre sous la dent que deux de ces mangas, "Les Roses de Versailles" chez Kana (intégrale en deux tomes + un gaiden), et "Très Cher Frère" chez Asuka (intégrale collector), publié chacun trente ans seulement après leur sortie au Japon. J'espère en tout cas que ce modeste article vous aura donné envie de la lire si vous ne la connaissiez pas encore, et que peut-être les quelques émules que cela générera permettra enfin d'accomplir la destinée de Riyoko Ikeda, celle de conquérir le monde à grands coups de pétales de roses et de louche (excusez la private joke, les fans comprendront).

Petit Curriculum Vitae

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Nom: Ikeda
Prénom: Riyoko

Née le 18 décembre 1947 à Osaka.

1967: Débute en tant que mangaka avec "Bara Yashiki no Shôjo" (La Jeune Fille à la Rose)

1972: Acquiert une gloire éternelle au Japon, ainsi que plus tard en Europe et dans les pays anglophones, avec la publication de "Versailles no Bara" (Les Roses de Versailles - Lady Oscar) dans le magazine Shukan Margaret.

1975: Publie "Oniisama E" (Très Cher Frère)

1976: Lauréate du 9e Prix d'Excellence de l'Association japonaise des Auteurs de Mangas pour son autre manga épique, Orpheus no Mado (La Fenêtre d'Orphée).

1978: Adaptation filmique des "Roses de Versailles" par Jacques Demy, avec une Catriona McColl incapable de monter seule sur un cheval dans le rôle d'Oscar. Très attendu au Japon, il ne rencontra guère de succès dans le reste du monde. D'une durée de 117 minutes, il présente un scénario assez peu convaincant et intéressant, même du point de vue historique, tant les évènements s'y enchaînent vite.

1979: Adaptation en anime des "Roses de Versailles", diffusé pour la première fois en France sur Antenne 2.

1991: Adaptation en anime de "Très Cher Frère", censuré en France dans le Club Dorothée au bout de 7 épisodes.

1999: Polyvalente, Ikeda décroche le diplôme de la prestigieuse Université de Musique de Tokyo et entame alors une carrière de chanteuse d'opéra qui eclipsera un temps celle de mangaka.

2001: Revient vers le manga en scénarisant l'adaptation de l'opéra de Richard Wagner "L'Anneau des Niberugens" pour Erika Miyamoto, et tire une série de mangas inspirés des romans de Barbara Cartland.

Depuis 2005: Revisite "Les Roses de Versailles" sous forme de strips dans les "BeruBara Kids".

Site Officiel: ici

Sites de Fans très bien renseignés:

Riyoko Ikeda FanSite: ici

Lady Oscar - Les Roses de Versailles: ici (à qui je dois beaucoup d'anecdoctes!)

Très Cher Frère: ici (oui j'avoue il est de moi! c'est que je travaille depuis longtemps à faire connaître Riyoko Ikeda).

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