La Vie en Rose par Kamijo
09/04/2026 Auteur : KAMIJO Traducteur : LuCioLe
C’est un immense honneur pour JaME France d’accueillir KAMIJO. Figure incontournable du visual kei, il nous ouvre aujourd’hui les portes de son histoire personnelle à travers une série de chroniques inédites. À travers ses mots, il revient sur ses débuts, ses influences et les souvenirs qui ont façonné son parcours, offrant aux lecteurs un témoignage rare et précieux au cœur de cette scène.
© KAMIJO
Introduction
À tous les lecteurs de JaME et à mes chers fans à travers le monde,
Plus de trente ans se sont écoulés depuis que j’ai commencé mon parcours en tant qu’artiste. À l’occasion de cette étape importante, j’ai décidé de me replonger dans mes souvenirs et d’accomplir ma propre mission.
Cette mission consiste à transmettre fidèlement au monde l’histoire de la culture japonaise unique connue sous le nom de "Visual-kei", qui m’a façonné en tant qu’artiste, ainsi que celle des groupes incroyables que j’ai rencontrés en chemin.
Je souhaite partager la passion brute et la vérité de cette époque telle que je l’ai vécue, avec ceux qui m’ont soutenu jusqu’à aujourd’hui, ainsi qu’avec tous ceux, à travers le monde, qui n’ont pas encore découvert cette scène.
Ce serait également un immense honneur pour moi que ce récit puisse être un témoignage de ma gratitude envers JaME, un média qui m’accompagne depuis tant d’années.
Chapitre 1
Août 1994. Meguro-dori, écrasée par le soleil de plein été, était enveloppée d’une chaleur si intense que l’asphalte en tremblait sous un voile de brume.
Je me tenais là, sur le trottoir, attendant l’arrivée des artistes. En tant que membre du staff, mon rôle était de leur réserver des places de stationnement. C’était mon tout premier jour en tant que "roadie".
Tout a commencé avec Kinzo, un ami du lycée. Il travaillait déjà comme roadie pour le groupe et m’avait fait écouter leur album memoire. Les mélodies qui s’échappaient des enceintes étaient comme rien de ce que j’avais entendu auparavant : esthétiques, décadentes, et presque irréelles. Guidé par ces sons, j’étais sur le point de pénétrer dans un nouveau monde.
Peu après, une voiture s’arrêta et les portières s’ouvrirent. En descendirent les membres de MALICE MIZER, entièrement vêtus de noir et portant des lunettes de soleil.
Ils ne portaient pas leurs costumes de scène, mais leurs vêtements de tous les jours pour leur arrivée à la salle. Pourtant, surgissant soudainement au cœur d’une banale journée d’été, ils semblaient déjà être des artistes venus d’une autre dimension. Je suis resté sans voix face à l’aura écrasante qu’ils dégageaient, une concentration d’esthétique pure qui ne laissait place à aucun compromis. À cette époque, le terme pratique "visual kei" n’existait même pas encore. J’étais simplement submergé par cette beauté mystérieuse et sans nom.
La salle était le Meguro Rokumeikan (Meguro RockMayKan, une salle mythique de concert sur Tokyo). Ce jour-là, il s’agissait d’un concert en co-tête d’affiche réunissant BILLY & THE SLUTS et MALICE MIZER.
Alors que ma vie de roadie commençait, j’ai eu la chance d’observer de près la naissance de leur musique. Kami, qui habitait près de chez moi et avec qui je passais souvent du temps, se trouvait toujours juste devant moi en studio de répétition. On me permettait souvent de m’asseoir directement face à sa grosse caisse, et j’adorais profondément le son brut de ce kick précis ainsi que celui des rototoms.
Soutenant ce rythme, il y avait Yu~ki, que je considérais comme l’ancrage discret de leur son. Parce qu’il avait été exposé à une grande diversité musicale, il pouvait naturellement intégrer des phrases dans le son du groupe qui allaient bien au-delà du répertoire habituel d’une basse électrique.
Puis il y avait Közi, véritable incarnation du sens artistique. Déjà à l’époque, il manipulait avec aisance des accords tendus, façonnant une sensibilité pop et un lyrisme presque inimaginables. Je pense que c’est pour cela qu’il continue aujourd’hui à créer une musique intemporelle.
Et enfin Mana, qui, contrairement à son apparence flamboyante, était à l’origine des éléments les plus sombres et essentiels de MALICE MIZER. Bien que l’empreinte du clavecin et de l’orgue soit marquante, ses mélodies portaient avant tout une forme de tristesse presque virginale.
Après le concert, nous nous sommes dirigés vers un bar à Roppongi. À l’intérieur, l’endroit débordait de personnes dont les noms surprendraient n’importe qui. C’était une nuit frénétique, emplie de chaleur, de fumée de cigarette et d’ambition musicale.
Quand je me suis réveillé, j’étais sur un parking dans une ville que je ne reconnaissais pas. J’étais allongé sur un ampli basse, derrière les sièges arrière du van de matériel. À travers la fenêtre, le paysage ordinaire de Shiinamachi, dans l’arrondissement de Toshima, apparaissait. Avec les vibrations qui parcouraient encore mon corps, j’ai senti qu’une nouvelle histoire, la mienne, commençait inévitablement à se dessiner.
Je me suis tourné vers le siège conducteur : Kinzo, celui qui m’avait fait entrer dans ce monde, dormait encore profondément. Été 1994. Mon corps était engourdi d’avoir dormi sur l’ampli, mais mon cœur, lui, était rempli d’une excitation indescriptible.
Ce premier jour, j’ai rencontré MAYU, le guitariste avec qui je marcherais plus tard côte à côte. À l’automne, j’ai fait la connaissance des autres membres grâce à des annonces "membre recherché" dans des magazines comme FOOL’S MATE et Rockin’f. À cette époque, je me faisais appeler "SHOKI", mais après que les membres de MALICE MIZER ont commencé à m’appeler "KAMIJO", j’ai officiellement adopté ce nom de scène en 1995.
Cependant, cette période d’apprentissage portait déjà en elle le pressentiment d’une séparation. En décembre de cette même année, le premier chanteur du groupe, Tetsu, quitta le groupe.
En observant le dos de Tetsu, qui s’était coupé les cheveux, j’ai appris à transmettre des émotions à travers le chant en tant que vocaliste. Il m’a également enseigné avec bienveillance le bon sens ainsi que l’humanité ("ninjo") nécessaires pour survivre dans cette scène. La résonance pure et magnifique de sa voix lorsqu’il chantait Shoujo no Hitomi~ résonne encore vivement au plus profond de ma mémoire.
Quelques mois s’étaient écoulés depuis ce matin d’été où je m’étais réveillé sur un parking à Shiinamachi. En regardant le dos de Tetsu, les cheveux courts, j’ai ressenti à la fois la fin d’une époque et le début de ma propre histoire.
source : JaME